{Livres et revues transculturelles}

Publié le mardi 25 mai 2004

Mardi 25 mai 2004 * Faut-il nous libérer des sciences humaines ?

LE PASSAGE (diffusion Seuil) Collection : La passion de penser, directeur Denis Duclos Format : 10 x 16 cm Nombre de pages : 160 Prix : 8 ¤ Mise en vente : 26 mars ISBN : 2-84742-038-X Diffusion SEUIL Les sciences humaines forment un champ varié contrasté, mais dont on est toujours tenté de prôner l’unification, par exemple à partir de l'économie ou d'une visée systémique. S’appuyer sur de telles sciences pour nous définir nous-mêmes, c’est donc courir le risque d’une visée totalisante. Maintenir l’ouverture et la confrontation c’est prévenir ce risque. Mais n'est-ce pas du même coup renoncer à toute gestion rationnelle de l'homme ? Ce dilemme incite à revenir à des interrogations élémentaires, comme : pourquoi désirons-nous tenir un discours rationnel sur nous-mêmes en tant qu'espèce, que société, qu'entité de communication ou de règles ? Certes, on pourrait répondre que c'est par pure nécessité, pour prévenir les désordres terribles dont fourmille notre histoire. Mais cette dernière témoigne aussi de catastrophes dues précisément à la volonté de nous définir "scientifiquement". Réitérons donc sans complexe notre question : pourquoi voulons-nous construire un savoir sur l'homme ? La réponse esquissée ici est que nous croyons souvent que nos problèmes les plus personnels peuvent trouver une solution heureuse dans un changement entrepris avec autrui, dans une transformation collective. Nous entrons alors dans un cheminement qui comporte quelques grands jalons. Par exemple, nous commençons souvent par nous poser (à l'instar des philosophes grecs) le problème des bonnes lois, des bonnes institutions. Mais au bout d'un moment, nous-nous rendons compte que, pour être bonnes, les lois doivent obéir à des règles de formulation, de codage. Nous descendons alors dans les profondeurs de la construction sociale, pour chercher ses fondations. Cependant, ayant cru trouver le socle (langage, système de références mythiques, etc.), nous sommes bien obligés de constater qu'il demeure une large part d'arbitraire : pourquoi tel système serait-il meilleur qu'un autre et pour toujours ? Certains penseurs nous entraînent alors encore plus loin, dans l'idée de fonder absolument la société dans l'ordre naturel. Mais ce faisant, ils nous poussent à la révolte contre l'énorme pouvoir qui peut s’installer sur une telle certitude de fondation absolue. Et nous voila retournés a la question de départ ! Dans ce livre destiné a un public large et aux étudiants qui se lancent dans les sciences humaines, l'auteur montre comment ce périple circulaire d’un auteur à l’autre, constitue le champ même où elles se déploient ; et comment la plupart des grands penseurs peuvent y être situés, se questionnant et se répondant au travers de ces quatre grands positionnements : choix du bon mythe, désignation du bon symbolique, affirmation de la fondation naturelle du social, et enfin révolte contre les trois propositions précédentes... NICOLAS STOFFEL, 32 ANS, est sociologue et enseignant à l’Université de Strasbourg.

ADFOI, 2004-05-25 15:57:48
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